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Festival Hallucinations Collectives 2026 – Bilan : Dernier jour et Palmarès

THE ADDICTION

"The Addiction" (c) Carlotta Films

"The Addiction" (c) Carlotta Films

Quand Abel Ferrara se pique de réaliser un film de vampires, on peut être sûr de plusieurs choses. D’abord que ça n’en sera pas vraiment un, ou tout du moins que les poncifs du genre vampirique ont peu de chance d’y être invités. Ensuite que ses canines de cinéaste provocateur viseront moins à nous pomper le sang qu’à nous injecter une dose élevée de nihilisme dark. Enfin que l’expérimentation plastique et narrative aura voix au chapitre.

Ultime étape de la thématique sur le vampirisme new-yorkais, "The Addiction", lâché au milieu des années 90 dans une relative confidentialité, ne fait pas que confirmer ce triple adage, il entérine surtout la philosophie d’un cinéaste que l’on sait hanté à vie par la compassion (plus que par la rédemption) et chez qui le cynisme ne peut prendre racine. Pièce maîtresse de la trinité suprême de la filmo ferrarienne aux côtés de "The King of New York" et de "New Rose Hotel", ce bijou élève au cube la mystique de la défonce du grand Abel en traitant la dépendance – soulignée par son titre – sous un angle universel : celle non pas aux substances illicites, mais au Mal au sens large, à ce précipice sans fond dans lequel on finit toujours par chuter, avec un choix à faire (y sauter ou y être poussé ?).

Est-on mauvais parce qu’on fait le Mal ? Ferrara valide plutôt la lecture inverse au travers de cette intrigue a priori codifiée où une brillante étudiante en philosophie (inoubliable Lili Taylor), mordue un soir par une créature de la nuit, développe un appétit toujours plus féroce pour le sang humain. À partir de là, Ferrara creuse le vertige en action : ni plus ni moins que le bilan allégorique d’un XXème siècle marqué par les horreurs de la guerre (de la Seconde Guerre Mondiale au bourbier vietnamien), via des personnages qui se font (mieux : se veulent) le relais allégorique d’un sentiment de culpabilité à la fois diffus et historique. Pour le cinéaste, il n’y a pas d’Histoire, juste un fléau qui ne cesse de croître en nous et de nous définir, sans espoir ni possibilité d’expiation. Tout est ici résumé en une simple phrase : « La révélation de soi est l’annihilation de soi ». Ça dérange et c’est le but.

Et quand Ferrara, faux intello mais vrai barjo, fait mine de brasser large en matière de repères philosophiques (ça cite beaucoup de monde ici), ce n’est que pour mieux tordre la pensée au sens large. Ici, la parole se contredit, le verbe perd tout sens, la voix régresse en cri primitif. Le monde civilisé perd toute son aura jusqu’à se réincarner en vivarium d’instincts enragés, où le désir de nuire à l’Autre égale celui d’en drainer l’énergie, où l’on dévore le monde jusqu’à ce que le Mal se dévore et s’anéantisse lui-même. On quitte donc "The Addiction" dans un sacré état second, un peu comme après avoir subi une sorte de sevrage psychique et intellectuel. Ce n’est pas courant de se sentir contaminé à durée indéterminée par un film après qu’il vous ait mordu l’âme. Un chef-d’œuvre ou un mal nécessaire ? Les deux.

THE PLAGUE

"The Plague" (c) Originals Factory

"The Plague" (c) Originals Factory

Ultime film de la compétition, "The Plague" est arrivé à point nommé pour refermer une section de longs-métrages aussi variés que variablement reçus. À première vue, il pourrait suffire d’un thème aussi universel que celui du harcèlement scolaire et d’un cadre aussi familier que celui d’une piscine intérieure pour qu’une nuée de cinéphiles aient immédiatement en tête une résurgence du climax du très beau "Morse" de Tomas Alfredson. Mais ajoutez à cela une louche revendiquée de body horror, et le niveau d’attente augmente soudainement… avant de retomber comme un soufflé devant un résultat trop arrimé au plancher des vaches pour n’être autre chose qu’un drame ultra-démonstratif de plus.

Concrètement, dans son idée de traiter de la marginalisation d’un jeune garçon par un sac de graines de violence à la psyché déjà sérieusement atteinte (ceux-ci lancent la rumeur d’un syndrome cutané qui donne son titre au film), le premier long-métrage de Charlie Polinger a déjà fort à faire pour se singulariser un tant soit peu. C’est sur l’alliage de formalisme et de symbolique qu’il tente de trouver la bonne esquive. On peut estimer qu’il y parvient lorsqu’il laisse la pure symbolique parler suffisamment fort pour faire taire la psychologie : la puissance esthétique et la rigueur millimétrée d’un très grand nombre de plans – en particulier celui qui ouvre le film – sont en soi suffisamment impressionnantes pour qu’une idée et/ou une émotion puissent naître par le biais du cadre et laisser s’infuser à combustion lente dans notre esprit. À quoi s’ajoute une bande-son extrêmement perturbante et stridente qui sait produire de sacrés effets secondaires.

Mais dès qu’il se focalise à nouveau sur des caractères en confrontation, via une série de jeux de pouvoir cryptiques en lien direct avec ceux de Sa Majesté des mouches, le scénario chute de quelques étages en ressassant ad nauseam des enjeux qui restent invariables d’une scène à l’autre. Harcèlement en milieu scolaire, marginalisation des caractères faibles, masculinité toxique à l’œuvre chez des jeunes esprits, impuissance totale des adultes (ici résumés à un entraîneur dépassé joué par Joel Edgerton), jeux de rumeurs en tous genres qui aboutissent à des catastrophes, enfance assimilée à une guerre des tranchées… La tension psychologique, convenue au possible, prend dès lors trop de place pour qu’un quelconque zeste d’horreur graphique puisse prendre le dessus. Sur ce point précis, d’une attente ratée à l’autre (même le coup du « doigt coupé » se révèle être ici un leurre), il faut attendre une heure pour que les choses se concrétisent enfin un minimum, et ce jusqu’à une ultime scène faussement élaborée comme un exutoire intime.

Ce que l’on retient de l’expérience "The Plague" se limite donc à une mise en scène des plus prometteuses, dès lors qu’elle épouse à plein régime sa dimension sensorielle, et c’est déjà en soi suffisant pour nous donner envie de guetter ce que Charlie Polinger nous réserve à l’avenir. Aux dernières nouvelles, un film d’horreur avec Mikey Madison et Léa Seydoux serait dans les starting-blocks

MANDINGO

"Mandingo" (c) Studio Canal

"Mandingo" (c) Studio Canal

Pas facile de poser un regard un tant soit peu synthétique sur la filmographie de Richard Fleischer : à l’instar d’un Robert Wise ou d’un Rob Reiner, le bonhomme a tellement touché à tous les genres qu’on peine souvent à y déceler un quelconque fil rouge. Osons néanmoins partir de l’hypothèse que les études de psychiatrie ayant précédé son entrée dans le 7ème Art aient pu jouer un rôle certain lorsqu’il tâta du thriller centré sur des caractères ambigus et/ou diaboliques, allant du "Génie du Mal" à "L’Étrangleur de Boston". De là à considérer "Mandingo" comme un zénith, il n’y a qu’un pas que bon nombre de cinéphiles ont franchi depuis un bail, ayant pris soin de réhabiliter ce qui fut au départ une sacrée machine à polémique en dépit d’un joli succès commercial (ce grand réac de Roger Ebert n’hésite pas à parler de « poubelle raciste et obscène »).

Quand bien même son film fut conçu sous un angle opportuniste pour surfer sur la vague de la Blaxploitation et du bis érotique (pas étonnant quand on a ce gros roublard de Dino de Laurentiis à la cuisine de la production !), Fleischer mis un point d’honneur à en faire le reflet rigoureusement exact des horreurs de l’esclavage et de la ségrégation en contexte sudiste, tel un miroir inversé d’un "Autant en emporte le vent" dont il n’hésita pas à parodier subversivement l’affiche. Le résultat ne peut surprendre en aucun cas, épousant au premier abord les contours d’un film d’exploitation outrancièrement racoleur pour se muer très vite en mélodrame torride, doublé de l’édifiante peinture sociale d’un système honteux que seul le "Django Unchained" de Quentin Tarantino aura su retranscrire, longtemps après, avec autant d’exactitude.

Rien ne manque au tableau, de la dimension libidineuse de l’esclavage à la corruption naissant du rapport hégélien du maître et de l’esclave, en passant par la description d’une bourgeoisie blanche confite dans ses névroses et aussi décrépite que son environnement. Sans parler d’une cascade de sadisme et de cruauté que la caméra de Fleischer n’esquive jamais, leur représentation étant inhérente au sujet même. Conspuer "Mandingo" pour sa rage et ses excès apparaît donc d’autant plus absurde que peu de films américains ont eu les cojones d’arracher les racines de leur propre société pour mieux exhiber à quel point elles étaient maudites et dégénérées. Et personne n’a attendu de voir la Maison-Blanche squattée par un psychopathe mégalo-maboul pour en prendre le pouls…

THE FORBIDDEN CITY

"The Forbidden City" (c) Piper Film

"The Forbidden City" (c) Piper Film

Il est assez courant d’entendre certains cinéphiles se plaindre de voir le cinéma transalpin ressembler davantage à une triste plâtrée de carbonara qu’à un bon plat de pastas dégoulinantes de bolognaise. Sauf qu’à trop vouloir choisir son camp entre les considérations auteurisantes d’un Nanni Moretti et les cruautés gore d’un Lucio Fulci, on en oublie presque que lorgner vers des territoires cinéphiles aussi étrangers qu’insoupçonnés n’est pas une donnée absente chez nos voisins italiens. Dans le cas de Gabriele Mainetti, l’exception est d’autant plus parlante qu’il s’agit peut-être du seul cinéaste contemporain italien à tourner des films en rupture sèche avec l’identité cinématographique du coin. Et au vu de ce que propose "The Forbidden City" (de très loin sa plus belle réussite et un superbe cadeau de clôture pour finir cette cuvée 2026 des Hallus), on est à deux doigts d’y voir l’équivalent filmique d’un Marco Polo, déterminé à s’aventurer du côté des cinéphilies étrangères pour y piocher de nouveaux ingrédients susceptibles de relever la sauce des plats filmiques de son propre pays.

Et on ne parle pas de cuisine pour faire joli dans la mesure où le scénario de ce grand divertissement de 2h18 tient sur la rencontre inattendue entre un jeune cuisinier italien et une jeune femme chinoise dans les rues de Rome. Si l’un peine à se remettre de la fuite inexpliquée d’un père lourdement endetté, la seconde fait des pieds et des mains (au propre comme au figuré !) pour retrouver la trace de sa sœur disparue. Le destin qui unit d’ores et déjà ces deux âmes perdues va vite activer les codes de la vendetta sur fond d’un choc des cultures entre deux visions du monde de la rue (d’un côté celle des mafieux italiens, de l’autre celle des triades chinoises). En faisant le choix de filmer la Ville éternelle comme s’il s’agissait d’un quartier de Hong Kong, et ce dès sa fulgurante intro martiale qui installe un transfert infrasensible entre les deux cultures, Gabriele Mainetti ne cherche pas juste à délocaliser la baston asiatique vénère à la "The Raid" dans un cadre architectural où il pourrait paraître déplacé, voire carrément hors-sujet. Il cherche au contraire – et c’est tout à son honneur – à relier intrinsèquement les enjeux respectifs du film de vengeance tels qu’ils ont été pensés depuis toujours sur les deux continents concernés, histoire de les faire dialoguer au travers d’enjeux émotionnels qui touchent à l’universel.

En cela, le rapport d’apprivoisement entre les deux personnages tire intelligemment vers la love-story pour mieux appuyer ce parti pris. Le tout dans une intrigue qui développe avec finesse des caractères bigarrés, des destins fragilisés et des nuances émotionnelles chez des personnages qui auraient très bien pu tirer vers le schématisme ou la caricature – il n’en est fort heureusement rien. On en sort heureux comme après avoir savouré un vrai grand spectacle populaire, sorte de grand écart magistralement équilibré entre le mélo à l’européenne qui touche au cœur et le torrent d’action martiale hongkongaise qui enfile les os brisés comme des perles. Preuve supplémentaire des bienfaits du métissage culturel, en soi l’éternelle garantie d’un enrichissement réciproque.

Palmarès

Grand Prix de la compétition longs-métrages
FLUSH
de Grégory Morin

Grand Prix de la compétition courts-métrages
14 AMIS DANS LA TÊTE
d’Oscar Aubry

Prix du Jury Lycéen pour la compétition longs-métrages
MARAMA
de Taratoa Stappard

Prix du Jury Lycéen pour la compétition courts-métrages
MAULED BY A DOG
de Sion Thomas

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Guillaume Gas Envoyer un message au rédacteur

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