ARTICLES FESTIVALGérardmer 2026

Festival Gérardmer 2026 : sélection films en compétition

Cette année ne fait pas défaut, le festival nous a encore surpris avec une sélection de films aux petits oignons. Entre thématiques autour de la maternité, du lien au passé et de la désillusion de l’enfance, cette 33ème édition n’en n’oublie pas de rire un peu. Au fin fond des Vosges, on vous entendra hurler… de rire devant les propositions loufoques de cette compétition. Mais ne vous inquiétez pas, les amateurs de frissons en auront pour leur argent entre une grand mère sénile et une ribambelle de monstres sortis tout droit de notre placard de marmot. Accompagné par un jury prestigieux, Gérardmer risque une fois de plus de nous conquérir et de faire chavirer nos cœurs…et notre épine dorsale !

Un jury qui devra départager 10 longs métrages

Pour cette nouvelle édition, c’est l’actrice Alice Taglioni qui préside le jury longs métrages en compétition. Fraîchement sortie du conservatoire, elle se dirige vers l’acting en 2002 et enchaîne les projets populaires à fortes résonances tels que "La Doublure" avec Daniel Auteuil et Gad Elmaleh en camarades de jeux, rien que ça, mais aussi avec "les Chevaliers du ciel" de Gérard Pirès en 2005 où elle marque les esprits en pilote d'avions de chasse intrépide sous le surnom « Pitbull ». Elle sera accompagnée de toute une bande qui ne démérite pas, en commençant par Alice David, actrice française notamment connue du grand public pour son rôle dans la série Canal + "Bref" mais aussi dans certaines comédies de la bande à Philippe Lachaux ("Babysitting" 1 et 2) ou encore pour le doublage français de l’aventurière "Lara Croft" dans les jeux récents de Crystal Dynamics.

L’actrice Maud Wyler se trouvera parmi les membres du jury, elle qui a explosé avec son rôle dans "Perdrix" d’Erwan Le Duc en 2020 qui lui a valu de faire partie de la courte liste des Révélations de l’année aux Césars. Mais pour les habitué-es du festival, on a pu la voir dans le court métrage "Mantra" de Stef Meyer et Pascal Bourelier, où elle incarnait une mante religieuse. Joséphine de Meaux est également présente, elle qui nous aura marqué en tant que monitrice d’une colonie de vacances dans "Nos jours heureux" (2005) et qui depuis s’est illustrée dans bon nombres de longs-métrages dont "Un ours dans le jura" de Franck Dubosc, sorti début d’année dernière. Nadège Beausson-Diagne vient compléter cette jolie bande, elle qui a joué dans tant de séries françaises, mais aussi pour des cinéastes de renom tels que Jean Luc Godard pour "Socialisme" en 2010 et dernièrement Noémie Merlant dans "Les Femmes au Balcon". L’actrice développe aussi depuis peu une carrière de musicienne et son premier EP ne devrait plus tarder à sortir ainsi que sa première réalisation.

Oulaya Amamra a été elle aussi conviée à participer au jury du festival et c’est en 2016 que le grand public fait sa connaissance avec le film "Divines" projeté à Cannes et avec à la clé le César du meilleur espoir féminin. Le jeune cinéaste Nathan Ambrosioni vient compléter la troupe avec à son palmarès un premier film réalisé à seulement 18 ans, "Drapeaux de papier", où l’on pouvait déjà voir Noémie Merlant à l’écran, puis quelques années plus tard avec Camille Cottin ("Connasse", "Dix pour cent") dans "Toni en famille" et récemment "Les enfants vont bien". Succédant à Vladimir Cauchemar, le DJ Cascadeur fait aussi partie de la troupe avec son style de musique électronique à forte influences cinématographiques et sa venue nous promet une ambiance qui décoiffe !

Pour ce qui est des courts-métrage, autre compétition attendue des festivaliers, le jury est présidé par Benjamin Rocher, réalisateur et scénariste habitué des contrées Vosgiennes notamment avec "La Horde" (2010), films de zombies français à la "The Raid" qui s’était retrouvé en compétition cette année-là, mais aussi le diptyque "Goal of the Dead" avec Alban Lenoir qui est, et restera, LA comédie footballistique francophone par excellence. Ava Matthey sera là pour épauler ce vétéran. La drag queen française connue grâce à ses passages dans Drag Race France sur France 2 risque d’apporter son grain de folie au sein de cette jolie bande d’artistes. Le comédien et réalisateur Jean-Baptiste Durand sera également présent avec un pedigree qui n’a pas à rougir face à ses camarades : auréolé du succès de son premier film, "Chien de la Casse" avec Raphaël Quenard ("Yannick"), on a pu le voir en tant que comédien récemment dans "Miséricorde" de Alain Guiraudie mais aussi "Que ma volonté soit faite" de Julia Kowalski, sorti l’année dernière. Un autre habitué du festival nous fera l’honneur d’être parmi nous : Hakim Atoui. Il a présenté à Gérardmer deux courts métrages dont "Les liens du sang" qui est reparti avec le grand prix du festival dans sa catégorie. Rien que ça. Et c’est une artiste compositrice qui clôture cette belle brochette de créatifs en la personne de Simone Ringer. Notamment connue pour faire partie du groupe de rock Minuits, elle se construit une carrière solo en compagnie Michael Lovett du groupe Metronomy, et dont le dernier single, Bouche en feu, sorti en juin dernier promet une évolution intéressante. Que du beau monde pour une sélection tout aussi cosmopolite et variée.

La maternité refoulée et les liens familiaux conflictuels

Comme à chaque édition, il est facile de cerner les films proposés selon les thématiques qu’ils transportent. Et nous remarquons une envie de cette programmation de changer de direction : finies les cycles à répétition d’enfance bafouée et de violences familiales rendus tabous par des générations entières qui n'osaient pas parler. Et c’est là où on trouve une de nos attentes, peut être pas la plus évidente au premier abord, de peur d’un projet classique, mais plus nous y repensons plus le projet peut s’avérer singulier. Réalisé par le chevronné Adilkhan Yerzhanov, passé par le festival de Cannes dans la catégorie Une certain regard après "The Owners" en séance spéciale, avec "La tendre indifférence du monde", s’essaye au film de genre ("Cadet") avec son univers froid et militaire où un jeune garçon se voit brutalisé par ses camarades jours après jours jusqu’à qu’il leur retourne la pareille… Le synopsis est assez mystérieux et laisse planer le doute : la proposition sera-t-elle ancrée dans une certaine réalité ou le fantastique viendra-t-il se mêler à la fête ?

Sur le registre de la parentalité, "Mother’s Baby" et "Welcome Home Baby" ont peut-être plus en commun que ce qu’il ne paraît. Le premier, réalisé par la réalisatrice suisse Johanna Moder, propose une relecture autour de l’être aimé, ici un nouveau né, perçu comme un inconnu. On ne peut que vous rappeler un "Goodnight Mommy" ( de Veronika Franz et Severin Fiala), présent au festival en 2014, qui prenait ce leitmotiv mais en l’inversant : les enfants tenaient leur mère en suspecte étrangère. Bien que certains membres de la rédaction ont eu la chance de le découvrir avant nous, on s’attend à une proposition clivante. L’autre face de cette pièce c’est "Welcome Home Baby" de l’autrichien Andreas Prochaska avec son pitch prometteur : une femme hérite d’une maison en Autriche et trouve en lieu et place un vieux manoir familial renfermant de sombres secrets. Alors que "Mother’s Baby" interroge le lien familial par la paranoïa, "Welcome Home Baby" se présente plus sous forme d’un voyage intérieur comme avait pu l’être "Abandonnée" de Nacho Cerdà (tiens tiens, un Gérardmer 2006…). Un voyage aux confins des tabous familiaux et de l’origine du héros. Voilà tout un programme entre jeunesse forcée et brisée et enfants non désirés, on sent qu’on va encore sortir dans un bel état.

N’oubliez pas le monstre sous le lit

Évidemment qu’on aime le festival pour ces propositions plus atmosphériques et existentielles, mais on est toujours preneur d’un bon film de monstre. Et pour le coup on est gâtés cette année avec "The Things with Feathers" du britannique Dylan Southern, dont c’est le premier long métrage. Un monstre qui sort d’un dessin, prend vie et tente de faire remonter la pente à Benedict Cumberbatch ? Nous on achète tout de suite, surtout s'il y a une potentielle descente aux enfers accompagnée d’effets pratiques aux petits oignons. Adapté du roman éponyme de Max Porter, on croise les doigts pour celui-ci, en espérant ne pas avoir une grosse production aseptisée. C’est bien mal connaître le festival et c’est pourquoi en cas de secours "Don't leave the kids alone" du mexicain Emilio Portes sera là pour remplir le cahier des charges de frousses requises. Avec son pitch vieux comme le monde (deux gamins se retrouvent seuls à la maison traqués par… quelque chose), on ne peut qu’espérer que le vieil adage dise vrai : c’est dans la simplicité qu’on trouve l’efficacité.

J’suis pas v’nue ici pour souffrir !

Malheureusement (ou heureusement question de point de vue) oui, le festival Gérardmer est une épreuve. Tout d’abord le froid des Vosges qui s’infiltre dans les moindres recoins de votre doudoune mais aussi les diverses œuvres vues au cours des journées et dont les histoires ne sont pas d’un ton réconfortant ou joyeux. Alors quand le festival programme une bonne bêtise par ci par là (non pas toi "Pay the Ghost" avec Nicolas Cage) on a tendance à garder une place sur nos grilles de réservations pour au moins une tranche de rire volontaire. Nous avons le plaisir de vous annoncer que "The Weed eaters" de Callum Passells risque bien de remporter la statuette de la pire des mauvaises des bonnes idées pour son synopsis délirant : un groupe de jeunes fête le nouvel an dans une ferme en fumant de la marijuana qui leur donne une fringale de chaire humaine et non de Doritos. Ca nous vient tout droit de Nouvelle Zélande et si quelqu’un se souvient du meilleur de ce que ce pays peut proposer au festival (au hasard "Black Sheep" de Jonathan King) alors on ne peut que rentrer dans la salle avec le sourire. Mais n’oublions pas "Junk World" qui risque de donner une bouffée d’air frais à la programmation. Déjà parce que c’est un film en stop motion entièrement réalisé par le génie Takahide Hori et aussi parce que son univers post apocalyptique aux relents steam-punk ne peut que changer la donne face au reste de la concurrence. Un "Numéro 9" de Shane Acker sous acide ? Aucune raison de douter.

Les inclassables du festival

Une des choses qui nous pousse chaque année à braver les files d’attentes dans le froid et la neige, c’est qu’en tant qu’habitués nous savons qu’il se niche quelque part une petite perle inclassable à Gérardmer. On a eu le droit l’année passée au magnifique "Else" de Thibault Emin, véritable démonstration de formes plurielles que ce soit narrativement ou formellement, et cette année notre favori porte le nom de "Redux Redux" de Kevin Mcmanus et Matthew Mcmanus, cinéastes américains, qui plonge tête baissé dans les univers parallèles. Une femme pourchasse et tue dans toutes les réalités possibles, le meurtrier de sa fille. Le long métrage fait office d’exception dans cette programmation, étant le seul à proposer un concept d’anticipation. Et vous savez, depuis "Ex Machina" au festival en 2015, on a confiance quand il y a un projet SF sur l’affiche.

À signaler enfin "Nervures", le projet qui a tout l’air du film rêverie/cauchemar à l’image de "She Loved Blossom more" l’année passée avec en plus une promesse de fantastique assez intriguant. Une jeune fille apprend la mort de son père bien après son entourage et des événements étonnants ont lieu en particulier avec les nouveaux voisins. Un peu de paranoïa à la "Body Snatchers" et un zeste de folie comme le festival aime le faire et puis vous tenez là LA curiosité de cette 33ème édition.

Les 9 films de la Compétition Longs Métrages

REDUX REDUX
de Kevin McManus et Matthew McManus
avec Michaela Mcmanus, Stella Marcus, Jeremy Holm, Jim Cummings...

THE THING WITH FEATHERS
de Dylan Southern
avec Benedict Cumberbatch, Richard Boxall, Henry Boxall, Eric Lampaert, Vinette Robinson, Sam Spruell...

THE WEED EATERS
de Callum Devlin
avec Alice May Connolly, Annabel Kean, Finnius Teppett, Samuel Austin, Paul Kean...

CADET
de Adilkhan Yerzhanov
avec Anna Starchenko, Sharip Serik, Ratmir Yusupzhanov, Alexei Shemes...

DON'T LEAVE THE KIDS ALONE
de Emilio Portes
avec Ana Serradilla, Ricardo Galina, Juan Pablo Velasco...

WELCOME HOME BABY
de Andreas Prochaska
avec Julia Franz Richter, Reinout Scholten Van Aschat, Beatrix Brunschko, Gerti Drassl...

MOTHER'S BABY
de Johanna Moder
avec Marie Leuengerger, Hans Löw, Claes Bang, Julia Franz Richter...

NERVURES
de Raymond St-Jean
avec Romane Denis, Marie-Thérèse Fortin, Richard Fréchette, Sylvain Marcel, Anana Rydvald...

JUNK WOLRD
film d'animation
de Takahide Hori

Les 5 films de la compétition courts métrages :

Gavage
Exsanguina
Dans le ventre du Léviathan
La dernière neige
Dammen

Germain Brévot Envoyer un message au rédacteur