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GERARDMER 2005 - Le marathon de la sélection Inédits vidéo

Pour la 4 ème année consécutive, le magazine Mad Movies est le parrain de cette compétition d’inédits vidéo. En ce jeudi 27 janvier, direction donc la salle « Paradiso », cinéma improvisé coincé au fond d’une ruelle. Mais l’aménagement des lieux est assez réussi et le son excellent pour une fausse salle de cinéma. No comment sur les sièges !

Ca débute à 11h du mat’ par « Sœurs de glace (Decoys) », excellent teen-movie horrifique canadien. Le film enquille les clichés du genre comme des perles, des inévitables scènes de beuverie étudiantes aux personnages stéréotypés (les bombasses blondes, le héros vaillant, la meilleure amie qui aime ce dernier secrètement…) en passant par une intrigue sans grande surprise. Le talent du réalisateur Matt Hastings réside en ce qu’il a conscience d’emprunter des chemins balisés, et plutôt que de le faire avec le cynisme d’un Wes Craven, il exploite à fond la carte du premier degré jubilatoire.

Roger Corman n’aurait pas renier ce « Fuck and Scream and Blood » movie. Et si ce postulat le destine à un public ciblé (les purs fans de série B) et par corollaire limité, il lui garantit une intégrité indéniable. Hastings compose avec les clichés autant qu’il compose avec les citations, y allant là aussi avec jubilation, immortalisant son héros en simili Ash, punchlines délirantes et mythiques à la clé (« I’m gonna supersize my fire ! » ou « I gotta save the world ! »). Luxe suprême, le réalisateur tranche avec le manichéisme facile en rendant ses monstres assez attachants, et achève ce joli trip dans un final aussi surprenant et qu’efficace. Donc joie ! Mon coup de cœur ultra subjectif de la journée.

Mais malgré le capital sympathie de Decoys, le meilleur film de la sélection vidéo, en projo à 14h, est sans conteste « Into the Mirror (Geoul Sokeuro) », de Seong-Ho Kim. Parfois on se demande pourquoi certains films restent dans les cartons des distributeurs et ne peuvent aspirer qu’à une sortie DVD. Car cet excellent film coréen n’aurait pas à rougir aux côtés des Ring et autre Dark Water. S’appuyant sur un solide scénario, le cinéaste explore la question du reflet et du miroir avec une acuité remarquable, tant en terme esthétique que narratif.

Se Basant sur le concept du « reflet dans le miroir qui tue », le réalisateur s’interroge sur le rapport de l’homme face à son image, l’homme face à sa façon de regarder (ou non) les choses. Cette thématique de la culpabilité du regard et de l’image véhiculée est cependant un peu ampoulée par une mise en scène un peu impersonnelle qui hésite entre « ghost-movie », thriller hollywoodien et grand guignol. Une indécision stylistique qui nous vaut aussi quelques longueurs et pertes de rythme. Mais la pertinence du propos et la maîtrise technique dont le cinéaste fait preuve valorisent largement l’ensemble. D’autant que le final est formidable tant du point de vue figuratif que philosophique. Into the Mirror remporte d’ailleurs logiquement le prix du public, invité à noter chacun des films après la projo. Devinez qui a mis la même note aux ¾ des films ?

Projo de 16h30 : « Bad Trip (The Locals) » de Greg Page. Un film néo-zélandais, le nouvel eldorado du cinéma fantastique depuis qu’un certain Peter J. a gagné plein de statuettes dorées à Hollywood. Ca commence pourtant mal (quoique...) : deux ados débiles profonds partent en week-end (l’un a des faux airs de Ash, « plus Evil dead que ça tu meurs ») et se retrouvent bloqués à Ploucville au fond des bois avec une maison « plus Evil Dead que ça tu meurs », un pont bloqué « plus Evil Dead que ça tu meurs » et des ploucvillois tordus « plus Massacre à la Tronçonneuse que ça tu meurs ». Trêve de plaisanterie.

Ce qui semble être un ersatz ultra-référentiel se révèle rapidement beaucoup plus malin que ça, grâce à un scénario original et quasi mystique puisque s’appuyant sur une idée de séparation corps/esprit, ce dernier ne pouvant trouver le repos tant que les ossements du défunt n’ont pas été enterrés hors de la forêt maudite. La structure cauchemardesque du récit participe également de la réussite de cette honnête série B qui aurait gagné à trouver une résonance physique à ses velléités scénaristiques : pas assez craspec ou pas assez gore, Bad Trip manque d’audace et d’une réalisation vraiment percutante. On en ressort content mais pas plus remué que cela.

On enchaîne avec le nanar de la section vidéo : « Hellraiser 6 : Hellseeker », programmé à 18h30. La projo a beau être pourrie par une copie honteuse (l’image saute toutes les 30 secondes !), le film ne mérite pas que l’on s’y attarde, recopiant à la scène près l’intrigue de L’échelle de Jacob (et son récit d’un personnage mort plongé en enfer). Et dire que Clive Barker a co-écrit le scénario…Comble de la médiocrité, le peu inspiré Rick Bota trouve le moyen de ne même pas exploiter le cœur de la franchise, les cénobites n’apparaissant quasiment pas, relégués au rang de pères fouettards faiblards. En somme, un film nullissime.

Fatigués par cette projo boiteuse et la faim nous taraudant le ventre, nous avons fait l’impasse sur « La Mutante 3 (Species 3)» de Brad Turner. Nous n’en parlerons donc pas…

La suite et fin de la sélection vidéo se fait donc à 22h30 avec « Shallow Ground » eut ultra-référentiel mais prend son sujet à bras le corps, à savoir une double intrigue plutôt étrange : d’un côté un serial killer qui tue les filles à poil qui crient, de l’autre des gens couverts de sang qui réclament vengeance. Bien sur les deux récits se recoupent mais le film assume son scénario fourre-tout bordélique jusque au bout, le gavant d’invraisemblances, de parasitages éparses et multiples citations (Psychose, Massacre…, Hellraiser et j’en passe…).

Bizarrement ça fonctionne, à cause de la pesanteur et du constant climat d’étrangeté que le réalisateur installe, exploitant la nature sombre de la forêt et rattachant sans cesse ses images à une dimension apocalyptique latente. Paradoxalement, « Shallow Ground » est à la fois bordélique et haletant, hypnotique sans être audacieux. Inclassable, c’est un pur film fantastique au sens où il joue de ce statut pour que l’improbabilité des situations devienne une force. De quoi finir en beauté la journée. BILAN SELECTION VIDEO

J’aime :

- les blondes de Decoys
- le gore de Shallow Ground
- le scénario de Bad Trip
- la fin de Into the Mirror
- le cinéma coréen
- la maîtrise technique de Seong-Ho Kim
- pleins de simili Ash
- le héros de Bad Trip qui se fait larguer par sa copine parce qu’il n’aime pas Le Seigneur des Anneaux
- de vraies bonnes séries B qui respectent les principes de Roger Corman
- les glaces gratos qu’on nous donne à l’entrée des salles de Gérardmer
- les répliques de Decoys
- rencontrer des gens cool qui aiment les séries B cool

J’aime pas :
- la copie pourrie de Hellraiser 6
- Hellraiser 6
- les sièges de la salle
- le fait qu’ Into the Mirror ne sortira pas en salle
- la VF de Bad Trip alors que tout le reste est en VO

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INTO THE MIRROR
DECOYS
SHALLOW GROUND & BAD TRIP

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Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur