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film-court-villeurbanne -------------------- - Découvertes Expérimentales - Bilan

26ème édition du
FESTIVAL DU FILM COURT DE VILLEURBANNE 2005

Bilan des
DECOUVERTES EXPERIMENTALES En marge des compétitions, le festival offre de belles opportunités. Celle dédiée au cinéma expérimental mérite un coup de projecteur tant ce genre est trop souvent confidentiel et méconnu, voire méprisé par les non initiés. Saveur d'autant plus exceptionnelle que la présentation accomplie par Julien Ronger permettait de casser cette image élitiste et hermétique au travers d'un discours (ou plutôt un échange) dépourvu de prétention ou d'arrogance (trop souvent caractéristiques des spécialistes d'art!), au contraire plein de simplicité, de clarté, d'ouverture et d'enthousiasme.

On ne saurait donc trop vous recommander d'y aller en masse l'an prochain pour vous initier de façon optimale à ce cinéma certes particulier. En attendant, je me permets de vous livrer mes propres impressions face aux œuvres présentées cette années – car il s'agit bien plus d'impressions que de points de vue ou de critiques, guidées néanmoins par les informations et les quelques clés de lecture préalablement fournies par Julien Ronger. La séance 2005 s'axait sur un sous-genre du film expérimental, le found footage, qui consiste à réutiliser, détourner et souvent retravailler du matériel filmique préexistant.

Les plus faciles d'accès sont sans doute les œuvres 'purement' expérimentales dont l'objectif est surtout une recherche esthétique. Cécile Fontaine, dont 2 films étaient présentés, s'inscrit dans cette catégorie. En façonnant chimiquement la pellicule, en décollant et recollant l'émulsion, elle nous livre un travail hypnotique, presque épileptique, avec "Overeating" (1984), basé sur la répétition écoeurante, presque glauque, d'un homme mangeant du poulet.

Moins répétitif et hypnotique mais tout aussi intéressant dans les motifs obtenus par la dégradation, son "2 Made for TV Films" (1986) peut également apparaître comme une critique de la désinformation et de l'emprise de la télévision sur le spectateur.

Obtenu aussi par détérioration chimique mais à l'aide de bactéries, "Stadt in Flammen" (1984), du collectif Schmelzdahin, construit une sorte de patchwork craquelé dans une succession aléatoire de couleurs et de formes qui tend à rendre abstraite l'image originelle d'une série B.

Peter Tscherkassky utilise quant à lui des archives de réveillons de ses propres parents dans "Happy-End" (1996), nous les livrant d'abord bruts, dans toute leur lenteur et leur vide pathétique. La répétition de plusieurs séquences similaires est agrémentée par celle de la bande-son qui renforce le grotesque de l'image: une mauvaise copie saturée de "Bonbons, caramels" par Annie Cordy! Le rythme s'accélère au fur et à mesure que les protagonistes boivent, des superpositions apparaissent, la bande-son finit par laisser la place à une composition de Michel Chion, le tout créant une ivresse déprimante et ironique.

Dans "Removed" (1999), Naomi Uman interroge le désir, l'excitation et l'image de la femme en grattant les personnages féminins d'un film érotique, avec humour et recherche graphique. La réalisatrice ridiculise à sa façon les stimuli et les perceptions, et pousse son propos à l'extrême en terminant son film par un noir absolu, ne nous laissant que la bande-son originelle.

C'est avec humour également, plus cynique sans doute, que Jud Yalkut et Nam June Païk juxtaposent des films publicitaires asiatiques, sans retouche, nous laissant juges face au ridicule et à l'arrogance de l'impérialisme du capitalisme occidental. Chacun interprétera aussi à sa façon le minimalisme du film – j'avoue avoir tendance à penser à une absence de talent ou d'inspiration!

Aussi d'apparence minimaliste, "Photo Op" (1992), de Bill Morrison, enchaîne des archives des 60's et de la 2 nde guerre mondiale, mais les légers lissages graphiques et quelques effets de montage (ralentis surtout) engendrent une nostalgie poétique parfois dérangeante face aux images de soldats.

On peut pareillement penser à un certain minimalisme dans "Tito Material" (1998) puisque Elke Groen ne retouche pas les images de Tito qu'elle utilise – déjà dégradées naturellement par le temps et peut-être aussi par la destruction du cinéma de Mostar dans lequel elle les a trouvées. Mais la réalisatrice soigne sa sélection de séquences à la fois publiques et privées montrant l'ex-dirigeant yougoslave, les enchaînant avec quelques simples effets de montage (boucles, ralentis, agrandissements…) pour interroger l'Histoire autrement.

Politique aussi, "Prost" (1995), de Sabine Hiebler et Gerhard Ertl dénonce le danger du conservatisme – quasi fasciste – en détournant des publicités autrichiennes contemporaines. Le rythme soutenu et crescendo de la répétition, le traitement graphique de plus en plus sombre et saturé, et la bande-son composée par les réalisateurs (une succession envoûtante de percussions et de cloches) créent un malaise indéniable et étrangement fascinant.

Finalement seul "Mechanics of the Brain" (1997), de Henry Hills et Sally Silvers, paraît plus difficilement accessible. Il est vrai que la suite rapide d'images résonne avec le documentaire éponyme de Poudovkine – dont le film se sert comme matériau ou comme inspiration – en faisant appel aux limites de nos perceptions. Mais l'arrogance intello de la danse contemporaine et de la musique expérimentale de John Zorn gâche l'expérience. De plus le found footage ne sert que de toile de fond puisqu'il est en grande partie éclipsé par l'aguichante prédominance de la chorégraphie de Sally Silvers – certes parfois intéressante et même drôle dans le mimétisme dont elle fait preuve. Dommage que ce film 'semi-found-footage' ait coupé un programme globalement harmonieux et cohérent… mais j'imagine qu'il en faut pour tous les goûts!

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Raphaël Jullien Envoyer un message au rédacteur