Bannière Festival de San Sebastian 2021

ARTICLES

DEAUVILLE 2008 - Sexe, violence et adolescence

Aux Etats-Unis, la question de la sexualité, surtout pour la jeunesse, est un sujet des plus sensibles tant le puritanisme ambiant semble occuper la majorité des foyers américains. Deauville s’est livré à une sélection choc de films qui le traite frontalement. Compte-rendu.

L’avortement, éternel débat

Le documentaire « Lake of fire », véritable électrochoc du festival et déjà sorti en DVD en France, est une profonde étude, une enquête de 16 ans menée par le réalisateur Tony Kaye sur le "douloureux" sujet de l’avortement. Riche de témoignages et d’interviews de spécialistes sur la question, « Lake of fire » attise les passions sur un sujet tout aussi passionnant. Prenant le parti de ne pas prendre parti pour ou contre l’avortement, Tony Kaye détaille les raisons de se battre pour chacun des deux camps et pose de véritables questions qui lorgnent parfois du côté de la philosophie (le fœtus peut-il être considéré comme un être humain ? A quel âge le serait-il ? Peut-on mettre un terme à la vie d’un fœtus en gestation ? Peut-on obliger une femme à mener à terme sa grossesse quand elle ne le souhaite pas ?...) Ce magnifique documentaire, très complet, s’il ne donne aucune réponse finalement concrète, pourrait vouloir dire que porter et mettre au monde un enfant est avant tout un acte radicalement personnel et qui se réfléchit seul, librement.

Abstinence comme fer de lance

C’est nouveau, et on se dit ironiquement qu’il n’y a bien que les Etats-Unis pour inventer ça, le sexe avant le mariage c’est fini : on vous l’interdit ! Zéro ! Niet ! Ceinture ! Le réalisateur Jan Wellman en a fait un film, façon documentaire, pour toucher au plus près la réalité et montrer l’aberration de cette politique religieuse en place aujourd’hui. Car si certaines écoles proposent le vrai programme d’éducation "Abstinence only" ("rien que l’abstinence"), cela est dû à la droite évangéliste de Georges W. Bush qui prône la virginité comme discipline, voire diabolise les actes sexuels ! Et ses enseignements sont financés par le gouvernement Bush depuis de nombreuses années… Les images font peur et on se met à craindre que l’instruction passe l’Atlantique. Car là où ça se corse, c’est que le documentaire dresse le constat alarmant que ces programmes favorisent les frustrations des adolescents et attisent les pratiquent parallèles autorisées (perversion, partouzes et fellations deviennent légion). Vraiment puritaine l’Amérique ?

Sexualité et mineurs

Roman Polanski a fait l’objet d’un documentaire qui porte son nom et qui rappelle qu’il reste un réalisateur "wanted" (recherché) et "desired" (aimé et populaire). Les Etats-Unis l’ont en effet interdit de revenir sur le sol américain, malgré son immense talent, ce qui l’a d’ailleurs contraint à ne pas pouvoir venir chercher se statuette dorée lors de la cérémonie des Oscars en 2003 où il a remporté celle du meilleur réalisateur (pour « Le Pianiste »). Pour comprendre, il faut revenir trente ans en arrière : en 1977, Polanski est inculpé pour relation sexuelle illégale avec une mineure de treize ans, Samantha Gailey, lors d'une séance photo organisée dans la demeure de Jack Nicholson. Après un procès retentissant, et une incarcération de quarante-sept jours, Polanski s’échappe des Etats-Unis où il n'a plus remis les pieds, sous ­peine d'être arrêté par la justice américaine. Le documentaire de Marina Zenovich fait la lumière sur la complexité de la machinerie judiciaire menée tambour battant par un juge peu scrupuleux, et avide des médias, et relance l’affaire Polanski.

Plus grave, Deauville a présenté deux longs-métrages de fiction, différemment traités, sur des violences faites sur mineure : « Gardens of the night » et « Towelhead ». Le premier, réalisé par Damian Harris, retrace le parcours de deux enfants kidnappés, violés et offerts aux pédophiles sur le net. Un drame qui bouleverse laissant deux êtres blessés à vie qui ne peuvent se reconstruire. Les acteurs sont poignants de vérité, des enfants aux adolescents en passant par Tom Arnold, plus habitué aux séries populaires et aux comédies.

Le deuxième dresse le portrait d’une jeune libano-américaine de 13 ans poussée à la rencontre avec un homme, père de famille, qui ne lui cache pas son émotion à chaque fois qu’il la voit… Derrière cette histoire glaçante, traitée avec vérité et parfois humour, se trouve Alan Ball, le scénariste de « Six feet under » et « American beauty », qui adapte le livre d’Alicia Errant « La petite Arabe ». Aaron Eckhart joue le rôle du vil tentateur et la délicieuse Jasera est interprétée par Sumer Bishof dont c’est le premier rôle au cinéma.

Informations

Mathieu Payan Envoyer un message au rédacteur