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Cannes 2016 - Bilan : Retour sur la quinzaine des réalisateurs 2016

Mon père avait (perdu la) raison

Le complexe d’Œdipe a eu la vie dure cette année à Cannes tant les relations père-fille étaient compliquées. Sujet principal du génial "Toni Erdmann", personnage inventé par un gentil papa pour retrouver l’amour de sa fille, il est aussi latent pour Isabelle Huppert qui, "Elle", entretient quelques griefs envers son paternel… serial-killer. Du côté de la Quinzaine des réalisateurs, le champ des possibles s’est étendu aux choix du roi. Garçons ou filles qu’importe, Papa est là !… pour le meilleur et pour le pire.

Qu’ils soient sur le départ dans "L’économie du couple", de substitution dans "Ma vie de courgette", fragile dans "Fiore", ou bien Gérard Depardieu dans "Tour de France", les pères savent le plus souvent se montrer sensibles et touchants. À l’inverse, d’autres ont confondu fibre paternelle et sordide cruauté. Voici un petit inventaire de ces pères qui, pour le coup, sont vraiment des ordures.

"TWO LOVERS AND A BEAR" de Kim Nguyen
Père cauchemar
Quelque part dans le grand nord canadien, Roman et Lucy s’aiment passionnément. Or à cette latitude, leur amour devient impossible. Roman ne peut plus vivre dans le sud pour des raisons que l’on ignore et Lucy, elle, est terrorisée par son père, qui la surprend régulièrement pour l’implorer de lui pardonner ses sordides abus. Pour fuir son ancien bourreau qui l’empêche de vivre sa vie, la jeune fille postule dans une université en région tempérée. Incapable de vivre au même endroit, le couple se déchire à contre cur sans y parvenir. Ils tentent finalement d’échapper à leur démons en filant droit au sud avec leur motoneige sur les plaines immaculées.

"MEAN DREAMS" de Nathan Morlando
Père bipolaire
Quelque part plus au sud, dans le Canada rural, vit Jonas : un ado résigné obligé d’abandonner le lycée pour aider son père à la ferme. Dans la maison voisine, s’installent le nouveau shérif et sa fille Casey. Les jeunes gens font connaissance, flirtent et deviennent très vite inséparables. Tout semble respirer le bonheur, or en s’installant dans la nouvelle maison, la jeune fille prend soin de placer un verrou à l’intérieur de son placard. Un geste visiblement routinier qui annonce un film bien différent de la bluette adolescente amorcée dans les premières scènes. Vous l’aurez deviné Daddy n’est pas aussi cool qu’il y paraît et son rôle de shérif va amplifier sa détermination à terrifier sa progéniture.

"MERCENAIRE" de Sacha Wolff
Père tyrannique
De l’autre côté du globe, sur l’île de Wallis, Soane, un jeune rugbyman est repéré par un sélectionneur pour jouer dans un club du sud-ouest, en Métropole. Décidé à vivre sa vie, il prend la décision de braver l’autorité de son père, un homme tyrannique qui au nom d’un rite ancestral le bannit définitivement de sa maison. Pas une once d’amour ne transparaît chez ce personnage borné qui semble prendre plaisir à faire souffrir ses enfants. Pour Soane, ce départ provoquera une double blessure, celle d’être répudié de chez lui, mais aussi de laisser seul son petit frère avec cet homme brutal et insensible. Sa nouvelle vie en métropole ne sera pas celle qu’il espérait, mais le garçon arrivera à faire face à l’adversité en devenant à son tour un père de famille, un vrai !

Gaëlle Bouché Envoyer un message au rédacteur