affiche film absente

© Ad Vitam

M


un film de Sara Forestier

avec : Sara Forestier, Redouanne Harjane, Jean-Pierre Léaud, Maud Thibault…

Lila est bègue. Elle ne peut piper mot lorsqu’elle est devant un inconnu. Cela lui vaut les moqueries dans sa classe et l’exaspération de son prof de français qui voit son potentiel gâché par sa peur de s’exprimer. Un jour, Mo, un trentenaire aux allures de banlieusard lui demande son chemin et tombe immédiatement sous le charme de cette jeune muette. Ils se revoient très vite mais Lila veut sans cesse communiquer en écrivant dans son carnet. Problème : Mo ne sait pas lire, une honte pour lui, et il ne veut en aucun cas que ce handicap s’ébruite aux oreilles de sa belle...


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Un beau premier essai

On connait Sara Forestier pour sa capacité à interpréter brillamment des rôles difficiles et tout en nuances comme dans « Mes séances de Lutte » ou « Suzanne ». Dans son rôle de muette, elle est là encore tout à fait saisissante lorsque son personnage se retrouve bloqué contre un mot ou submergé par l’émotion. Son talent d’actrice n’est plus à prouver. Reste à savoir comment elle porte la casquette de réalisatrice avec ce premier film présenté à la Journée des auteurs au festival de Venise 2017.

Le premier film de Sara Forestier a des allures de Kechiche, le réalisateur qui a été le premier à lui donner sa chance dans un long-métrage au cinéma. « M » rappelle l’importance de la communication et de la maîtrise de la langue dans l’ascension sociale, un des thèmes cher au réalisateur franco-tunisien. En être privé est un blocage certain. D’un côté, Lila, une lycéenne bègue, cible des moqueries de ses camarades, tente de se préparer pour son oral de français. Pour elle, qui adore lire et écrire des poèmes, ce ne serait qu’une simple formalité si elle n’avait pas son handicap qui la bloque dès qu’elle se retrouve devant un inconnu. En face d’elle, Mo, un trentenaire qui gagne sa vie en la risquant dans des courses de grosses berlines, est analphabète. Tous deux ont été frappés par l’amour mais un problème de communication va évidemment se poser quand Lila ne s’exprimera qu’avec un carnet que Mo sera incapable de décrypter.

On pourrait être dubitatif quant à la façon dont deux personnes incapables de communiquer puissent lier une relation aussi forte mais c’est sans compter la ténacité de Mo à faire parler sa belle qui est prête à tous les efforts pour le contenter. Son blocage se libère lorsqu’elle se sent en confiance et Mo adopte une attitude protectrice envers Lila qui se prend des tacles sur son handicap même par son propre père. C’est avec une certaine tendresse que Sara Forestier filme cette idylle naissante. Malheureusement, les lacunes de Mo et surtout sa honte de ne pouvoir comprendre ce qui est écrit, va prendre le pas sur sa tendresse envers Lila à qui il ne veut divulguer son secret.

L’analphabétisme est un handicap social et Mo en fait les frais : au restaurant pour choisir, pour organiser les commandes, pour comprendre le courrier ou les textos qui lui sont adressés. La réalisatrice rappelle à quel point le français est une langue compliquée et bourrée d’exceptions en tous genres. De l’autre côté, la maîtrise de la langue française ouvre des portes et les experts en lettres laissent présager un bel avenir aux poèmes de Lila. Même si le film n’est pas parfait et que l’interprétation de Redouane Harjane est parfois excessive, il s’en dégage une telle sincérité qu’il en est finalement très touchant. Certaines scènes, dont le final, sont poignantes d’intensité et il vaut mieux un film sincère avec des défauts qu’un film formellement parfait mais sans aspérité.

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