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© Bac films

AMERICANO


un film de Mathieu Demy

avec : Mathieu Demy, Salma Hayek, Géraldine Chaplin, Chiara Mastroianni...

Martin, vit à Paris avec Claire. Un matin, il apprend la mort de sa mère, américaine. Élevé par son père, il garde une grande rancœur contre cette femme qui l’a abandonné alors qu’il était enfant. Obligé de se rendre à Los Angeles pour les démarches administratives, le voilà face à ses souvenirs dans la petite maison de Venice Beach...


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POUR: Niveau +2 - Journal intime


“Putain, ma mère est morte”. C’est avec ces mots dénués de la moindre affection que débutent les pérégrinations introspectives de Martin. La Californie de son enfance, il n’en garde aucun souvenir. La seule chose qu’il sait, c’est que sa mère, séparée de son père, n’a pas voulu le garder pour cause de dépression. Alors quand il découvre ses dessins d’enfants soigneusement conservés dans un tiroir, il craque, pour finalement sombrer dans la colère. La mère qu’il s’était efforcé d’oublier, l’aimait bel et bien, au point de reporter toute son affection auprès d’une petite fille du même âge que lui : Lola.

Pour écrire son scénario, Mathieu Demy s’est attaché à inventer une suite au film 16 mm qu’avait tourné Agnès Varda, sa mère, lors de son enfance aux États Unis. Une fiction de famille où l’on voit Mathieu, 7 ans, interpréter le rôle de Martin, un petit garçon qui déambule en compagnie de sa maman, en refaisant le monde avec ses mots d’enfant. Ces images “d’archive” vont ponctuer la narration d' « Americano », illustrant ainsi les souvenirs oubliés du héros, qui rejaillissent en plein deuil.

La première partie, à Los Angeles, manque un peu de magie. On sent le réalisateur / interprète peu sûr de lui. Généralement bon acteur, Mathieu Demy sur-joue quelque peu son personnage, appuyant maladroitement chaque émotion. Une faiblesse assez compréhensible quand on connaît l’implication personnelle que représente pour lui, ce premier long métrage. Car sous couvert d’une fiction, «Americano» est un réel hommage de Mathieu Demy au cinéma de ses parents. Effectivement, évoquer ses souvenirs, est une histoire de famille. Jacques Demy (son père) était très attaché à filmer Nantes, la ville de son enfance. Une enfance tendrement racontée par Agnès Varda dans le magnifique “Jacquot de Nantes”. D’ailleurs, elle même rapporta joliment ses mémoires dans son dernier film “Les plages d’Agnès”.

Cependant, le film prend une belle envergure en passant la frontière mexicaine. Le road movie qui emmène Martin dans les ruelles de Tijuana, marque le tournant du film dans un genre romanesque plutôt abouti et esthétiquement réussi. Pour preuve cette scène sublime du striptease de Lola, où la caméra virevolte fluide et aérienne autour des courbes parfaites de Salma Hayek. Une scène d’une sensualité vertigineuse qui vous laisse bouche bée, tout comme Martin, à la fin du plan séquence. Les cinéphiles reconnaîtront immédiatement la référence au premier film de Jacques Demy «Lola», où Anouk Aimé l’entraîneuse, chantait l’amour avec boa et chapeau clac. Or cette scène ne sera pas le seul hommage rendu à son père alors disparu. Salma Hayek, n’est pas seulement «Lola», elle est aussi demoiselle, tant sa ressemblance avec Françoise Dorléac est troublante. De plus, la romance qui se noue entre elle et Martin s’inscrit dans un style joliment désuet. Une marque de fabrique propre à Jacques Demy qui aimait jouer du hasard afin que les amours perdus se retrouvent à nouveaux.

Il va sans dire que cette seconde lecture ne touchera qu’un public averti. Outre cet angle de vue, le film se révèle cependant inégal. Le scénario use parfois de raccourcis peu crédibles alors que d’autres passages sont parfaitement maîtrisés. À la fois beau et maladroit, «Americano» est un film fait avec le cœur, cela se ressent dès les premières minutes et c’est avant tout cela qui fait son charme.


CONTRE : Niveau -1 – Un certain manque de crédibilité


Nul doute que le premier film en tant que réalisateur de Mathieu Demy a été construit avec les meilleures intentions. Cette histoire d'un trentenaire apprenant la mort de sa mère et enjoint par son père d'aller à L.A. pour rapatrier le corps et régler quelques affaires (dont la vente de la maison), est certainement aussi l'occasion pour l'auteur, âgé de 38 ans, d'exorciser quelques démons, en évoquant de manière plus ou moins lointaine le destin de son père, Jacques Demy, décédé alors qu'il était enfant. Le fait d'avoir tourné certaines scènes dans des lieux où sa famille a vécu, les hommages au cinéma de son père (le personnage de Salma Hayek s'appelle « Lola »...), tout concoure à la constitution d'une œuvre personnelle relevant de l'intime. Une œuvre qui à force de références, plus ou moins ouvertes, semble cependant se préoccuper bien peu de crédibilité, préférant les chemins du prévisible.

Bien sûr, Mathieu Demy offre à son personnage principal, qu'il interprète lui-même, un sincère voyage en amnésie, qui le mènera sur la piste du passé d'une mère qu'il n'a qu'insuffisamment connue. Mais malheureusement dès les premières scènes aux USA, on se doute du futur destin de l'appartement. Car le personnage jette quasiment tout ce qu'il y a dans la maison, en vue de la vendre, y compris une lettre en retour d'expéditeur, sur laquelle le réalisateur s'attarde lourdement. Nous infligeant dans la foulée une scène avec un avocat, expliquant qu'aux États-Unis chacun peut léguer ce qu'il veut et à qui il veut, vous aurez compris ce que contient la lettre et ce qui amènera notre ami à se rendre par la suite à Tijuana à la recherche de la fameuse Lola, amie de sa mère.

Les choses empirent dans la partie mexicaine du récit. Car d’emblée un petit mexicain avertit notre héros que Tijuana est une « ville dangereuse »… et, comme on s'en doutait, bien des problèmes arriveront au personnage. À force de nous prévenir de tout, de baliser le parcours à l'avance, Mathieu Demy désamorce toute possibilité de suspense et de tension. Du coup, le spectateur se désintéresse peu à peu de l'errance de son personnage, dont les agissements sont de plus en plus irrationnels. Cherchant certes à rattraper le dernier lien qui lui reste avec sa mère et son enfance, sa plongée dans les bas-fonds ne convainc pas.

Les flash-back incrustés par moments (tirés de « Documenteur » d'Agnès Varda – sa mère – et faisant ainsi apparaître le vrai Mathieu Demy à 8 ans dans les mêmes lieux) sont vite relégués à la trappe, paraissant anecdotiques. Quant à la partie finale, entre délire sur le mariage blanc, incendie totalement improbable (si vous êtes propriétaire d'un établissement, laissez-le donc brûler !), castagne mal chorégraphiée et histoire de clé de coffre volée, l'absence de crédibilité annihile toute possibilité d'émotion. Les bonnes intentions ne font donc pas tout et « Americano » en est la douloureuse preuve. Espérons que Mathieu Demy, pour son second film, saura trouver un style propre, en s'émancipant de toute son histoire familiale, tellement intimement liée à celle du cinéma qu'elle semble malheureusement en avoir étouffé sa première œuvre.

Olivier Bachelard

07-12-2011

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